Associations taoïstes nationales, européennes, internationales et universelles

La rentrée arrive avec de nouveaux bruits de couloir de la création à venir d’une énième association européenne autour d’intérêts particuliers ! C’est une tradition en Occident où se créent chaque année dans divers pays de nombreuses associations nationales, puis internationales. Nous avons, en Europe, la chance de disposer d’un échelon géopolitique supplémentaire, et nous avons droit à plusieurs associations européennes. A chaque fois elles sont l’émanation de l’ambition d’un maître d’établir « leur » association européenne/internationale. Oubliez donc l’éthique taoïste, l’humilité, l’absence d’ambition, le vide du Cœur … nous sommes dans une époque où même les maîtres taoïstes chinois sont animés d’un projet personnel et d’une vision, au détriment de l’éthique fondamentale taoïste. Pire, l’institutionnalisation du taoïsme qui n’est, heureusement, que propre qu’à la Chine, est devenu un produit d’exportation !

Peu importe que les associations taoïstes en Europe s’ignorent depuis toujours car elles sont le fruit d’ambitions personnelles, il faut donner l’illusion d’une hiérarchie, d’une domination, d’un protectorat des diverses initiatives individuelles à une autorité qui viendrait de Chine ou d’ailleurs, sans que les responsables des associations aient été consultés. L’objectif réel est bien une subordination sous la seule autorité qui serait compétente, l’Association Taoïste de Chine, dont la reconnaissance officielle est un précieux sésame pour pouvoir inviter des personnalités taoïstes en vue.

Mais si le taoïsme tire son origine en Chine, il anime des personnes de plus en plus nombreuses qui tentent d’en appliquer les principes dans leur vie. Ce faisant, le taoïsme sort du berceau uniquement chinois, naturellement se mélange, se métisse, prend en vie et racine en Occident, et si le lien avec la Chine ne doit pas être rompu, il ne doit pas être pour autant un boulet aux pieds des individus ou une tentative d’administration coloniale. D’ici dix ans, cette liberté et ce métissage de cultures donnera lieu à une nouvelle richesse spirituelle en Occident.

En attendant ce moment, arrêtons de mener des initiatives isolées absurdes pour tenter d’imposer un modèle pyramidal qui ne sied pas à l’Occident. Arrêtons d’imposer des ambitions individuelles à des personnes responsables et autonomes. En revanche, il y a la place pour des fédérations pour regrouper des initiatives et des volontés dans une direction commune. Sur la base du volontariat et au risque, pour un temps, de ne fédérer que soi-même. Aucune illusion de domination ne doit être entretenue avec les taoïstes chinois. Il n’existera pas d’Association Taoïste Française ni d’Association Taoïste Européenne représentative des taoïsmes français et européens. Il ne peut y avoir qu’une fédération sur la base d’intérêts collectifs. En l’absence de ces intérêts collectifs, aucune fédération ne sera possible et ce type de projet ne dit pas être lancé. Il faut donc parler aux autres associations, trouver des terrains d’entente et des intérêts collectifs qui servent aussi les intérêts particuliers. Le cas échéant, elles perdront de leur substance et seront des coquilles vides qui se fossiliseront.

Il n’y aura pas non plus de temple ou monastère taoïste, initiative de quelques uns, qui deviendrait le symbole et une autorité religieuse pour les autres taoïstes. Ça ne fonctionnera pas en France où le taoïsme n’est pas reconnu comme religion et n’est donc pas institutionnalisé. Pour qu’un temple ou un monastère taoïste s’implante en France avec succès, il faut qu’il serve les autres associations, qu’il soit reconnu par elles et par les taoïstes français plutôt que par les instances chinoises.

Xinming, co-fondateur de l’Association Taoïste Sanyuan (1998), de l’Association Française de Taoïsme, de l’Institut d’Etudes Taoïstes Laozhuang

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L’exercice des Huit Pièces de Diamant 外八部金刚功

L’exercice des Huit Pièces de Diamant 外八部金刚功 est une forme alternative des Huit Pièces de Brocart (debout), telle qu’enseignée par Maître Zhang Zhishun (rencontré au Yuchan Gong à Hainan). C’est une version dite « externe » car elle vise à échauffer le corps et les méridiens par des mouvements secs et en force. Elle est complétée par une version « interne » appelée les Exercices de Longévité (ba bu chang shou gong) 内八部的长寿功.

Elle est donc composée des huit parties suivantes :

第一部:起势,双手插顶利三焦
Partie 1 : commencement : les deux mains percent le sommet du crâne, bénéficiant aux 3 foyers.
(shuāngshǒu chā dǐng lì sān jiāo)

第二部:手足前后固肾腰
Partie 2 : les mains et pieds devant puis derrière renforcent les Reins et le bassin.
(shǒuzú qián hòu gù shèn yāo)

第三部:调理脾肤需单举
Partie 3 : pour réguler la Rate et la chair il faut lever
(tiáolǐ pí fū xū dān jǔ)

第四部:左肝右肺如射雕
Partie 4 : à gauche le Foie à droite le Poumon comme si on pour viser l’aigle
(zuǒ gān yòu fèi rú shè diāo)

第五部:回头望足去心疾
Partie 5 : retourner la tête pour regarder les pieds afin de dissiper les maladies du Coeur.
(huí tóu wàng zú qù xīn jí)

第六部:五劳七伤向后瞧
Partie 6 :  (traiter) les cinq fatigues et les sept blessures émotionnelles en regardant derrière
(wǔ láo qī shāng xiàng hòu qiáo)

第七部:凤凰展翅周身力
Partie 7 : le phénix déploie ses ailes avec la force de tout le corps
(fènghuáng zhǎn chì zhōushēn lì)

第八部:两足顿顿饮嗜消
Partie 8 : les deux pieds
(liǎng zú dùn dùn yǐn shì xiāo)

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Les Huit Pièces de Brocart assis (formule orale) 坐式养生八段锦口诀

坐式养生八段锦口诀

闭目冥心坐,握固静思神,
Assis les yeux fermés et le coeur silencieux, les mains jointes et l’esprit calmes.

叩齿三十六,两手抱昆仑,
Entrechoquez les dents 36 fois, les deux mains entourent le mont Kunlun (crane, occiput).

左右鸣天鼓,二十四度闻。
A gauche et à droite on frappe le tambour du Ciel, de sorte à les entendre 24 fois.

微摇撼天柱,赤龙搅水浑,
Secouer légèrement le Pilier du Ciel (cou), mélanger la salive avec le dragon rouge (langue)

漱津三十六,神水满口匀,
Rincer 36 fois jusqu’à ce que la bouche en sot remplie.

一口分三咽,龙行虎自奔。
Former une bouchée et l’avaler en trois fois pour la précipiter spontanément le long du dragon (la gorge et l’oesophage).

闭气搓手热,背摩后精门,
Retenir sa respiration tout en frottant les mains jusqu’à ce qu’elles soient chaudes;
Puis frotter le dos avec les paumes sur la Porte de l’Essence (les reins).

尽此一口气,想火烧脐轮。
Une fois cela fait, prendre une inspiration et penser à un Feu incandescent autour du nombril.

左右轱辘转,两脚放舒伸,
A gauche et à droite faire tourner les roues (épaules);
Puis déplier et étendre les deux jambes.

叉手双托虚,低头攀足频。
Croiser les mains qu’elles soutiennent le vide (ciel);
Baisser la tete et tirer sur les pieds plusieurs fois.

以候逆水上,再漱再吞津,
De sorte qu’ensuite l’Eau monte à rebours;
Puis rincer la bouche et avaler d’un trait.

如此三度毕,神水九次吞,
Effectuer cet exercice à trois reprises;
Afin de déglutir en tout 9 fois l’Eau Divine.

咽下汩汩响,百脉自调匀。

河车搬运迄,发火遍烧身,

邪磨不敢近,梦寐不能昏,

寒暑不能人,灾病不能迍,

子前午后作,造化合乾坤,

循环次第转,八卦是良因。

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Les 10 principes du taoïsme

LES DIX PRINCIPES DU TAOÏSME

1. Cultiver le Dao c’est l’accomplissement intérieur, développer la Vertu c’est son application extérieure.
修道养德,内功外行。

2. Le Dao ne peut pas se transmettre sans les écrits, les écrits ne peuvent être compris sans le maître
道无经不传,经无师不明。

3. La méthode du Dao c’est le naturel, c’est par la quiétude qu’on l’obtient
道法自然,静者得之。.

4. La pratique taoïste est d’abord individuelle, elle conduit à l’accomplissement ultime
自行修炼.无量度人。

5. Le Tao ultime n’est pas compliqué, le plus important est de conserver le centre
至道不繁,守中为要。

6. La Voie des Immortels privilégie l’empirisme, théorie et méthode ne font qu’un
仙道贵实,理法合一。

7. En harmonie avec le sacré et uni avec la poussière, c’est en empruntant le monde (artificiel, faux) qu’on cultive l’Authentique
和光同尘,借假修真。

8. La Nature et la Vie se cultivent ensemble, la longévité (chang sheng) en le pilier.
性命双修,长生为基。

9. Hommes et femmes sont égaux, mais l’obtention de l’élixir féminin est plus rapide (à obtenir)
男女平等,女丹为速。

10. La longévité s’obtient dans cette vie, le destin nous appartient.
长生住世,我命由我。

Traduit du chinois par Tian Xinming 田信明.
Ne pas utiliser sans autorisation.

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Le taoïsme en Europe

Nous nous évertuons à diffuser amplement les traditions taoïstes depuis 1998. A l’époque, les taoïstes occidentaux de manière générale étaient plutôt rares, et personne n’avait encore osé créer une association taoïste de France. Ce fut fait seulement en 2000, après notre rencontre avec Karine Martin (aujourd’hui Jingxiu 景秀),  lors de stages de weekends organisés par l’Association Taoïste Britannique (BTA). Cette révélation, pour notre part, allait dans le sens commun que les ressources devaient être partagées entre les diverses associations européennes pour créer un chemin collectif. A cette intuition de départ, à laquelle la BTA (et plus tard d’autres associations) n’auront pas voulu participer, il y avait des conditions drastiques pour que cela fonctionne :

– Que chaque association taoïste de portée nationale ne soit pas tournée vers une tradition particulière (Ni Longmen 龙门, ni Nanzong 南宗, ni Quanzhen 全真, ni Zhengyi 正一)
– Que chaque association taoïste de portée nationale ne soit pas dépendante d’un maître taoïste unique

Seulement voilà … chaque maître taoïste chinois qui prendra des disciples européens va vouloir créer une association taoïste nationale qui soit dépendante de lui et qui verra d’un  mauvais oeil l’arrivée intempestive d’autres maîtres. D’autre part, les structures taoïstes chinoises manquent de manière chronique et de plus en plus prononcée de financement public. La conséquence est que les maîtres sont envoyés en Occident pour y développer des « succursales » afin de recueillir des fonds. Il n’y a là rien d’extraordinaire, le financement privé a toujours existé, majoritairement en provenance de disciples fortunés, d’autant plus pour les maîtres d’une tradition autre que monastique (Quanzhen) où la communauté du monastère pourvoyait à la plupart des besoins.
Le taoïsme chinois est administrativement constitué d’une autorité nationale (Association Taoïste de Chine) basée à Pékin dans les locaux du monastère des Nuages Blancs (monastère historique du courant Longmen de l’école Quanzhen depuis le 12ème siècle, après l’invasion mongole). Ce même monastère abrite l’Institut d’Etudes Taoïstes qui est à la fois un centre de recherches et un centre de formation pour les moines qui y étudient des rituels à, plus récemment, la gestion économique d’une structure religieuse, et ce afin de rendre les temples plus autonomes et moins dépendants des deniers publics.
Chaque province possède aussi une association taoïste provinciale, et chaque grande ville peut posséder une association taoïste locale. C’est ce maillage logique mais très administratif qui est en train d’être mis en place par la Chine en France et dans le reste de l’Europe, sans se soucier de la pertinence localement, puisqu’elle permet de clarifier le panorama complexe existant en créant un point unique seul reconnu par les autorités chinoises. Et ne parlons pas des ambitions de certains maîtres poussant à la création d’associations taoïstes internationales (nous en avons compté une demi-douzaine dans le monde, invisibles les unes des autres)!

Seulement voilà, nous avons profité de toutes les opportunités qui nous étaient présentées pour expliquer que ce système ne pourrait pas fonctionner en France (et en Europe), surtout lorsque la religion taoïste n’est toujours pas identifiée comme telle par le gouvernement français, mais rien n’y fait. Le paysage se verrouille et modifie encore plus les comportements européens qui se targuent rapidement de cette reconnaissance unique.
Attention, chaque temple, chaque monastère, peut reconnaître n’importe quelle structure occidentale librement avec laquelle organiser des activités, mais cette dernière ne sera pas reconnue comme taoïste ou comme représentative du pays d’implantation par les autorités chinoises.
On pourrait parler du sentiment d’amertume que cela renforce pour toutes les associations, historiques ou non, qui oeuvrent depuis des années à diffuser les traditions taoïstes. Mais la conséquence la plus mauvaise est que le tissu associatif européen n’a, lui, pas changé. L’Association Française de Taoïsme (ou « daoïsme » aujourd’hui)  avec laquelle nous n’avons plus aucune relation, a pignon sur rue, a fort heureusement un accès privilégié à des maîtres chinois, mais cependant rien ne bouge pour construire de manière pertinente un taoïsme vigoureux, alors même que les ordinations ou les initiations taoïstes d’occidentaux semblent s’accélérer à un rythme éffréné. Chaque association parvient, dans le meilleur des cas, à rassembler chaque année une trentaine d’adhérents, qui changeront d’ailleurs d’une année sur l’autre. Comment financer des projets d’envergure avec si peu d’adhérents? Le tissu associatif se complexifie et pas l’ombre d’une réelle représentativité des divers courants taoïstes français et encore moins le rassemblement en une structure unique (fédération?) de toutes les forces vives pour oeuvrer à un projet commun, ambitieux, et qui donnerait lieu à la construction d’un monastère de taille critique sans lequel tout projet de temple local est voué à l’échec, par l’absence d’un modèle économique viable pour faire face à une audience plus nombreuse certes, mais toujours timide.
Et cerise sur le gâteau, le critère de reconnaissance par la Chine d’un temple taoïste, dont dépend tout de même la libre circulation des maîtres en Occident, risque d’éloigner toujours plus la possibilité d’avoir une vraie structure taoïste en France, ouverte à tous et au bénéfice de tous les taoïstes. Est-ce qu’un petit local avec un autel remplira ces nouveaux critères qui n’existaient pas traditionnellement? Pour l’Association Taoïste de Chine, qui aura à coeur de créer un monastère d’envergure, comme celui que Maître Tian Chengyang a toujours souhaité fonder en Espagne), le choix se portera logiquement sur un monastère de type Conglin 丛林 (comme pour les monastères bouddhistes du même nom), capable d’ordonner des moines et de les loger. Ou bien plus modestement un petit temple auxiliaire dit Zisun 子孙 avec juste deux ou trois taoïstes chinois pouvant développer quelques activités religieuses? Rappelons-le tout de même, il n’existe pas de critère historique pour identifier un temple ou un monastère taoïste …

Un autre débat qu’il faudra un jour aborder, c’est l’avenir, pour chaque pays européen, d’une structure religieuse taoïste alors que la grande majorité des personnes intéressées semble reléguer les aspects religieux du taoïsme à un exotisme suranné. Et combien même il y aurait une audience, quel moine (ou prêtre) taoïste français serait capable de prendre en charge la complexité des rituels taoïstes en langue chinoise dans un pays davantage intéressé à la culture taoïste véhiculée par les arts martiaux, dans la médecine traditionnelle chinoise et divers arts taoïstes (alchimie interne, géomancie, physiognomonie, etc.). Est-ce qu’il est d’ailleurs souhaitable d’orienter le taoïsme européen en direction des activités religieuses tandis que la demande est toute autre? Les contacts que nous avons eus avec des taoïstes chinois (hors Association Taoïste de Chine pour qui nous n’existons pas) ne nous rend pas très optimistes.

Pour un acteur taoïste historique du paysage français, les évolutions semblent défavorables par l’aveuglement de la majorité des structures à portée nationale, tant la communication régulière entre structures taoïstes n’existe même pas à l’échelle nationale. C’est toujours la course au plus grand maître taoïste ramené de Chine, à la filiation multiple pour avoir accès à des nouveautés (sur la mode du Qigong occidental où le but ridicule serait de connaître le plus grand nombre de styles différents), à celui qui va fonder le plus petite temple ou autel taoïste. Est-ce que la qualité des enseignements et de la diffusion est à la hauteur de la représentativité vis-à-vis de la Chine? Non. Disons-le clairement : aucune structure nationale ou non, ne peut se targuer d’une diffusion de qualité, parce que le panorama taoïste chinois est suffisamment complexe pour ne pas permettre de créer des ponts entre des traditions parfois fort différentes! de la même manière que le monastère des Nuages Blancs, malgré son exposition (ou peut-être à cause d’elle), n’abrite pas le plus grand nombre de grands maîtres taoïstes. Pour en rencontrer, il faut voyager en Chine et parler le chinois. Les rencontrer ne signifie pas devenir leur disciple. Devenir leur disciple, ne signifie pas être bien enseigné. Etre bien enseigné, ne signifie pas qu’on sera compétent ou capable de transmettre convenablement à d’autres! Comme nous le répétons à tous les impétrants, à quoi sert d’avoir accès à un grand maître taoïste chinois si leur propre niveau reste dramatiquement peu élevé? Il faudrait davantage s’accorder sur un cursus de base qu’il faudra ensuite démocratiser afin d’aplanir les disparités de compétences. C’est la ce que nous essayons de concevoir avec l’Association (Institut) Taoïste Laozhuang. Ce faisant, on gommerait progressivement les drames égotiques qui jalonnent le développement de cette spiritualité en Europe et les escroqueries qui se multiplient. C’est à ce prix que se construira le taoïsme de demain, solide et durable.

Xinming 信明

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